Quand on se lance dans le jardinage, beaucoup de sujet reviennent. Il y a en a un qui fait fureur depuis quelques années parce qu’il allie créativité et proximité avec la nature : l’hôtel à insectes. Alors nous, chez Mamahele, on s’est bien renseigné pour vous partager nos conseils. On avait déjà réalisé nos premiers croquis quand on est tombé sur une information qui nous a bouleversé. En effet, le site du ministère des transports indique que :
Les gros hôtels à insectes regroupent des espèces normalement solitaires. La concentration de ces individus dans un même lieu est ainsi susceptible :
– de provoquer l’émergence et la propagation de maladies et de parasites
– d’attirer et de faciliter le travail des prédateurs.
Alors on s’est renseigné, et on a découvert que les hôtels à insectes n’ont aucun intérêt pour les pollinisateurs. Mais comment attirer les pollinisateurs dans son jardin ? Grâce au MOOC « Pollinisateurs » développé par l’Office français de la biodiversité (en partenariat avec Réserves Naturelles de France et en collaboration avec Tela Botanica et Arthropologia) nous nous sommes formés sur le sujet. Désormais, nous pouvons vous apporter les solutions.

1. Pourquoi faut-il des insectes dans mon jardin ?
On construit ou on achète des hôtels à insectes pour attirer les pollinisateurs. Ces insectes sont essentiels à nos jardins pour trois raisons :
- Ils permettent d’obtenir des fruits et des légumes. En effet, c’est grâce à eux que la plupart des plantes se reproduisent, ce qui donne naissance aux fruits et aux légumes que nous consommons. En transportant le pollen sur leur corps, il le déplace de fleurs en fleurs et le dépose sur les organes femelles. Ainsi, un fruit peut naître. Il existe certes des fleurs qui peuvent s’autoféconder, pour lesquelles seul le vent suffit pour que la reproduction ait lieu. C’est le cas des graminées (comme l’avoine, le blé, l’orge ou encore le maïs). Cependant, notez que sans les pollinisateurs environ 75 % de ce que nous mangeons n’existerait pas (les tomates, les courgettes, les melons…)
- Les plantes qui ont besoin des pollinisateurs apportent des nutriments essentiels à notre santé. Une étude scientifique menée en 2011 par un ensemble de chercheurs révèle que :
« la culture de base (ex. manioc, maïs, pomme de terre, riz, blé, patate douce) a doublé durant les 50 dernières années à cause de nouvelles souches de cultures, l’augmentation des produits agrochimiques, de l’irrigation et de nouvelles pratiques agriculturales. Ces céréales et légumes riches en amidon sont le plus souvent pollinisés par le vent, s’autofécondent ou sont des cultures à multiplication végétative [note de Mamahele : sans reproduction sexuée]. Alors qu’ils apportent l’essentiel des calories du régime alimentaire humain, ce sont de pauvres sources de la plupart des micronutriments. [1]»
Il est donc essentiel pour notre santé de manger des fruits et des légumes variés, qui eux nécessitent les pollinisateurs.
- Enfin, si nous voulons que nos récoltes soient qualitatives, les insectes pollinisateurs sont également très importants. En effet, Benoit Geslin (maître de conférence de l’Université de Rennes, ECOBIO) rapporte dans la séquence 5 du MOOC « Pollinisateurs » que le goût de nos aliments changent en fonction de la pollinisation. Par exemple, une pomme qui a été de nombreuses fois visitée par des pollinisateurs sera plus sucrée.
Qui vient polliniser mon potager ?

Les pollinisateurs sont des insectes (mais tous les insectes ne sont pas des pollinisateurs). La plupart des pollinisateurs appartiennent à quatre grands ordres (classé selon leur ailes – pteron en grec, ptère dans la classification utilisée) :
- Les hyménoptères (avec quatre d’ailes) : ils sont reconnaissables par leur taille fine, comme les abeilles et les guêpes et par leurs grandes antennes, elles dépassent la taille de leur tête. Ces insectes évoluent de jour et nécessitent de la chaleur pour vivre. Leurs larves se nourrissent de protéines (c’est-à-dire qu’ils consomment des insectes ou des larves), ce sont donc des régulateurs. Ce qui en font de parfaits alliés des jardiniers.
- Les lépidoptères (ailes recouvertes d’écailles) : représente en grande majorité les papillons. A noter, il n’existe que peu de papillons qui évoluent le jour. Leurs larves se nourrissent de feuilles. Ainsi, la plante dépend de son agresseur : elle est mangée par sa larve mais pollinisée par le papillon.
- Les coléoptères : ce sont les pollinisateurs les moins efficaces. Les coccinelles et les scarabées appartiennent à cet ordre. Certains insectes de cet ordre ne sont pas des pollinisateurs et s’apparentent plus à des ravageurs comme les doryphores, les hannetons. Leurs larves se nourrissent de matières organiques comme les plantes ou le bois en décomposition.
Quelles sont les causes du déclin de la biodiversité ?
Il est important d’attirer les insectes dans son jardin pour polliniser ses plantes potagères. Cependant, nous traversons une crise de la biodiversité et un déclin des insectes pollinisateurs. Il faut non seulement les attirer mais également les protéger. Nous comptons actuellement cinq causes de la baisse de la biodiversité des insectes :
- La dégradation de leur habitat ou leur privation d’habitat (parcelle agrandie, urbanisation avec destruction des forêts, assèchement des marais, etc.) ;
- La standardisation de nos pratiques culturales qui mène à une disparition de la faune et de la flore (avec notamment l’augmentation des cultures céréalières qui n’ont pas besoin de pollinisateur) ;
- Les parasites et espèces exotiques envahissantes ;
- Le changement climatique : les insectes ne savent pas réguler leur chaleur, ils cherchent alors des lieux plus frais (voler plus haut ou plus près des pôles). Cela entraîne également un décalage temporel, les insectes connaissent des cycles de vies différents de ceux des plantes. Enfin, avec le réchauffement climatique, les fleurs produisent moins de pollen et de nectar durant les périodes de sécheresse, ce qui nuit aux pollinisateurs qui ne peuvent alors plus se nourrir ;
- La combinaison de l’ensemble de ces facteurs. Le cumul de chacune de ces causes provoque des dégâts plus importants que chacun pris séparément.
Comment attirer les coccinelles, les abeilles et les autres pollinisateurs ?

Si l’hôtel à insectes paraît être la solution idéale, il n’en n’est rien. La promiscuité des insectes favorise la transmission des maladies et attirent leurs ravageurs. Par ailleurs, peu d’hôtel à insectes sont réellement peuplés d’une variété de pollinisateurs. Si vous souhaitez attirer et protéger les pollinisateurs dans votre jardin, il existe des gestes simples à mettre en place.
- Diversifier les micro-habitats : il faut laisser des parcelles sur lesquelles nous n’agissons pas, c’est-à-dire : laisser faire la nature. Pour combler les besoins des différents types de pollinisateurs, il faut créer des espaces différents qui correspondent à leurs besoins : des espaces de terre laissées à nu, des empilements de pierre, des tas de bois. Il faut diversifier mais aussi et surtout veiller à espacer les espaces les uns des autres mais également de nos lieux d’habitation (entre 2 et 5 mètres minimum) pour le bien des êtres humains et des autres êtres vivants ;
- Planter des fleurs indigènes : ce sont les seuls auxquels nos pollinisateurs sont réellement adaptés (quantité de nectar, ouverture de la plante pour qu’ils puissent avoir accès au pollen sans être piégés). Il ne faut pas supprimer pour autant l’ensemble de nos plantes horticoles, ou potagères, mais simplement créer des espaces adaptés à la biodiversité locale. Attention cependant à choisir des variétés indigènes qui ne soient pas modifiées ou horticoles, car elles sont moins susceptibles d’être adaptées (certaines plantes produisent des carences à nos pollinisateurs). Préférer les plantes vivaces qui sont moins gourmandes en eau et apportent beaucoup plus à nos insectes, et les arbres et arbustes comme le chêne, le noisetier, l’orme et les ronces. La floraison de ces nouvelles plantes s’effectuera tout au long de l’année ce qui est bénéfique à nos pollinisateurs qui ne vivent pas tous qu’au printemps ou en été ;
- Mettre en place des éléments dits « semi-naturels » comme des haies de deux à trois mètres de large ou des mares ;
- Laisser des parties de parcelle avec au minimum 10 centimètres de hauteurs (pour laisser place aux pissenlits par exemple et surtout étaler les périodes de tonte en commençant par le centre pour laisser la possibilité aux animaux de s’enfuir ;
- Éviter de retourner la terre parce qu’un grand nombre d’insectes pollinisateurs niche dans nos sols.
Les hôtels à insectes sont une bonne idée bricolage pour décorer un jardin mais n’apportent pas suffisamment aux pollinisateurs. Comme nous venons de le voir, le plus important reste de cultiver des plantes sans pesticides qui leur apportent un pollen et/ou un nectar riche. Encore plus simple que de réaliser soi-même son hôtel, mais tout aussi joli.
Pour approfondir vos connaissances nous vous conseillons de suivre le MOOC « Pollinisateurs »
[1] Traduction de mamahele de l’anglais « Staple crop production (e.g. cassava, corn, potato, rice, wheat, yam) has doubled in the past 50 years due to new crop strains, increased use of agrochemicals, irrigation and new agricultural techniques. These grains and starchy vegetables are mostly wind-pollinated, self-pollinated, or vegetatively propagated crops. While they provide the majority of calories in the human diet, they are poor sources of most micronutrients. »
