Cette année a été particulièrement rude pour nos jardins et nos cultures et les rendements ont été plutôt maigres (lorsque rendement il y a eu). Les longues phases de canicules subies en France nous ont pris de court et le réchauffement climatique nous annonce des périodes de plus en plus difficiles pour nos potagers. Il est grand temps de réagir et de nous adapter si nous souhaitons pouvoir continuer de cultiver nos jardins.
Pour ce faire et pour mieux comprendre les enjeux du changement climatique, nous avons contacté un spécialiste de la sécheresse : Dr Vincent Vadez (chercheur en écophysiologie, agronomie et modélisation) qui a bien voulu répondre à nos questions pour adapter nos processus de production horticole à la sécheresse et à la chaleur.
Vincent Vadez est un chercheur qui a dédié l’essentiel de sa vie professionnelle à l’étude de l’agronomie, de la physiologie des cultures et de la tolérance à la sécheresse, hors de France et notamment en Inde au centre de recherches de l’ICRISAT, qui est l’un des centres du CGIAR (Consultative Group on International Agricultural Research).
Il a travaillé à l’amélioration du rendement des cultures vivrières endémiques des zones semi-arides et à l’optimisation de la tolérance des plantes face aux stress abiotiques (comme la sécheresse et la chaleur). Le climat de ces zones étant caractérisé par de très courtes saisons de pluie et de longues périodes de sécheresse. Études particulièrement intéressantes puisqu’il s’agit de maintenir une productivité des sols en milieux contraints.
Depuis 2017, il a rejoint l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) avec lequel il a été basé au Sénégal pour y mener ses recherches en collaboration avec le CERAAS (Centre d’Etudes Régional sur l’Amélioration de l’Adaptation à la Sécheresse).
Différencier chaleur et sécheresse

Il est nécessaire de savoir différencier et de comprendre les divers impacts de la sécheresse et de la chaleur sur une plante afin de pouvoir apporter des solutions adaptées à chacun de ces deux phénomènes météorologiques, souvent liés.
Comme l’affirme Vincent Vadez, le plus problématique pour nos cultures, parce que le plus difficilement gérable et prévisible, ce sont les températures hautes. En effet, la température est une conséquence du bilan radiatif, c’est-à-dire du rayonnement solaire reçu sur la Terre.
Et ce bilan radiatif, cette chaleur, a un impact sur les organes reproductifs des plantes et notamment des légumes-fruits (pensez tomates, aubergines ou encore les haricots).
Les fleurs sont extrêmement sensibles aux températures et réagissent au stress thermique par un dérèglement du cycle des structures reproductives. Par exemple, le pollen devient infertile, ou le tube pollinique de la fleur ne se développe pas. Alors : les fruits avortent. Il s’agit d’un effet de température et non pas de sécheresse. Avec le changement climatique, nos jardins vont être de plus en plus confrontés aux effets des hautes températures liés aux canicules.
La sécheresse pour une plante pose un tout autre problème, puisqu’elle s’attaque à l’alimentation en eau de la plante et n’est pas forcément corrélée au bilan radiatif : il peut y avoir sécheresse sans chaleur et vice versa. En 2026, en France et en Europe, ce sont ces deux phénomènes qui se sont accumulés.
À la différence de la température, qui prend les plantes en défaut puisqu’elles ont peu de moyens de réagir, la sécheresse, elle, s’anticipe. En effet, en fonction des types de sols, la plante peut puiser confortablement dans ses réserves en eau et tenir entre 10 à 15 jours sans être arrosée.
Il n’existe pas de solution miracle pour pallier la sécheresse et la chaleur. Cependant, en modifiant nos processus de production horticole et en nous adaptant à ces nouvelles conditions météorologiques, nos jardins peuvent rester verts et productifs. Chaque solution apportée par Vincent Vadez est partielle, et c’est en les combinant que nous allons pouvoir observer une réelle différence.
1. Ombrager nos cultures

Nous vous avions partagé dans un autre post, notre installation de draps sur une structure en bois, afin d’apporter de l’ombre à nos pauvres plantes exposées à la chaleur. Cela a permis de limiter la radiation sur nos cultures. Il existe des filets permettant ceci. Ces filets ont l’avantage de pouvoir être retirés une fois les périodes de forte radiation passées.
Pour faire de l’ombre, il est aussi possible de planter des haies, des arbres ou plus simplement de changer l’orientation de nos cultures (on pense à une orientation plus au nord plutôt que plein sud pour son potager dorénavant !). Attention cependant, une haie n’est pas amovible comme un filet ! Vincent Vadez insiste : en fonction des régions, il est important de changer le design de nos potagers pour limiter la radiation et donc l’accumulation de chaleur, pendant les périodes de l’été recevant le plus de radiation, notamment la période Juin-Aout.
Ainsi, nous pouvons agir immédiatement sur la capacité de résilience de nos plantes en faisant descendre la température en dessous du seuil de chaleur excessive, ce qui permet aux plantes de rester fertiles. Cependant, cette solution est limitée. Il existe un seuil de température pour lequel elle n’est plus efficace : l’air ambient continue de circuler, la chaleur emmagasinée par toutes les surfaces non protégées se diffuse même sous nos protections.
2. Arroser peu, arroser bien

Pour lutter contre la chaleur, il est possible, nous indique Vincent Vadez, de recouvrir le sol d’eau. Ainsi, les plantes profitent d’un effet de refroidissement grâce au phénomène d’évaporation, c’est ce qu’on nomme l’evaporative cooling, qui a exactement le même rôle que la transpiration chez les animaux !
En effet, l’évaporation de l’eau consomme de l’énergie, ce qui induit une diminution de la température de surface. Ce léger effet de refroidissement est particulièrement visible à la racine de nos plants, qui sont généralement plus fournis que les parties les plus hautes plus exposées à la radiation. Cependant, pour profiter de cet effet, encore faut-il avoir de l’eau…
Attention, cependant, lors des périodes de sécheresse, Vincent Vadez, nous prévient que contrairement à ce que l’on peut penser il ne faut pas arroser en trop grande quantité. Il est important de prendre le temps d’irriguer son sol avec de petites quantités d’eau, de manière à mouiller le sol en profondeur. Arroser trop et trop vite fait que l’eau ruisselle, et peut créer de la sécheresse. En effet, si l’eau est présente sur les 10-20 premiers centimètres de la surface du sol, elle est davantage exposée à la radiation et donc à l’évaporation.
De plus,etvous l’avez sans doute observé, un sol sec est hydrophobe, l’eau ne s’y infiltre pas. Pour que l’eau rentre dans la profondeur de la terre il faut de la patience. Cela est particulièrement visible sur les plantes en pot qui débordent au premier arrosoir versé. Il est primordial d’arroser avec parcimonie, de prendre son temps et de s’équiper. Le chercheur, nous explique qu’un goutte-à-goutte qui délivre de l’eau avec un débit maximum de 2 L par heure et par orifice distribue l’eau lentement et de manière homogène.
Ainsi, à la surface de la terre, seul un petit halo d’humidité est visible mais à vingt centimètres de profondeur l’eau s’est infiltrée. La surface n’est pas mouillée, ce qui protège l’eau de l’évaporation.
Pour les plantes en pot, c’est le même problème. Si le substrat est humide au toucher, alors la radiation aura un impact d’autant plus important et l’eau s’évaporera plus facilement que si la terre n’était humide qu’en profondeur. Eh oui, ce n’est pas instinctif !
Astuce bonus : Quand on irrigue directement au sol, sans toucher les feuilles, le choix d’arroser le soir ou le matin n’a pas de réelle importance nous explique le Dr Vadez.
3. Nos sols s’habillent

Une fois que nous avons réglé les éventuels problèmes d’irrigation, il faut savoir conserver cette humidité. Or, nous avons déjà vu qu’un sol perd de l’eau quand il reçoit de la radiation, car c’est la radiation qui cause l’évaporation.
Le paillage est une technique très facile à mettre en place et qui fonctionne très bien sans que l’on ait besoin de beaucoup de préparation, de budget ou même de temps. En effet, il est possible de pailler avec tout ce qu’on a sous la main : que ce soit du carton, de la paille ou même des plaques de polystyrène, Vincent Vadez insiste : le mot clé est de « couper la radiation », coûte que coûte.
Selon le chercheur, quand on utilise de la paille, l’effet d’isolation peut être obtenu avec seulement 2 à 3 centimètres d’épaisseur. Mais l’épaisseur va surtout dépendre des matières utilisées. Par exemple, le carton, plus hermétique que la paille, est efficace avec seulement une ou deux feuilles.
Néanmoins, comme nous le précise le chercheur de l’IRD, les plantes qui ont d’ores et déjà poussé et qui protègent le sol par leurs feuilles, n’ont pas besoin d’être paillées car elles se protègent elles-mêmes. Par ailleurs, Vincent Vadez nous enseigne que les restes des cultures précédentes non arrachées, comme cela est pratiqué en agriculture de conservation, constitue déjà un paillage efficace ! Encore une autre raison de pratiquer la permaculture.
4. Faire valser le calendrier !

Le chercheur nous invite aussi à expérimenter et à tester différentes dates de semis pour que nos plantes ne subissent pas les vagues de chaleurs au moment de la floraison.
Il nous propose par exemple de semer plus tôt afin que la floraison ait lieu avant les potentielles vagues de chaleur ou au contraire de semer en plein été pour que la floraison se fasse au mois de septembre souvent plus doux et pluvieux.
En effet, les températures élevées affectent beaucoup plus les structures reproductives que la croissance végétative. Pour cette raison, Vincent Vadez nous rappelle qu’il est nécessaire d’avancer sur la recherche pour obtenir des cultures d’été capable de germer à des températures plus faibles, permettant des semis plus précoces.
5. De la variété, encore et toujours

Pour Vincent Vadez, le principal problème à régler pour faire face à la sécheresse est le choix des cultures. Il nous explique qu’il est nécessaire de faire des choix plus en phase avec la nature et le changement climatique. Nous pouvons par exemple nous intéresser à des plantes plus résistantes à notre nouveau climat, qui poussent déjà dans d’autres milieux : pour lutter contre la chaleur au potager, il faut tester (et trouver) des variétés plus résistantes.
Pour profiter au maximum de l’effet de l’évaporation rafraichissante il est aussi possible de miser sur les variétés naines, pour les haricots par exemple. En effet, ces dernières sont plus proches du sol et profitent donc d’une atmosphère plus propice à leur développement.
Le chercheur confirme que les variétés anciennes endémiques sont plus aptes à supporter la sécheresse. En effet, contrairement aux variétés modernes, elles ont souvent un rendement moins élevé, et sont donc généralement moins consommatrice en eau car elles sont d’ores et déjà adaptées aux conditions climatiques du lieu dans lequel elles ont évoluées.

