On construit ou on achète des hôtels à insectes pour attirer les pollinisateurs. Ces insectes sont essentiels à nos jardins pour trois raisons :

  1. Ils permettent d’obtenir des fruits et des légumes. En effet, c’est grâce à eux que la plupart des plantes se reproduisent, ce qui donne naissance aux fruits et légumes que nous consommons. En transportant le pollen sur leur corps, les insectes le déplace de fleurs en fleurs et le dépose sur les organes femelles. Ainsi, le fruit peut naître. Il existe des fleurs qui peuvent s’auto-féconder (seul le vent suffit). C’est notamment le cas des graminées (comme l’avoine, le blé, l’orge ou encore le maïs). Cependant, notez que sans les pollinisateurs environ 75% de ce que nous mangeons n’existerait pas (les courgettes, les melons…)

2. Les plantes qui ont besoin de pollinisateur apportent des nutriments essentiels à notre santé. Une étude scientifique menée en 2011 par un ensemble de chercheurs révèle que

 « la culture de base (ex. manioc, maïs, pomme de terre, riz, blé, patate douce) a doublé durant les 50 dernières années à cause de nouvelles souches de cultures, l’augmentation des produits agrochimiques, de l’irrigation et de nouvelles pratiques agriculturales. Ces céréales et légumes riches en amidon sont le plus souvent pollinisés par le vent, s’autofécondent ou sont des cultures à multiplication végétative [note de Mamahele : sans reproduction sexuée]. Alors qu’ils apportent l’essentiel des calories du régime alimentaire humain, ce sont de pauvres sources de la plupart des micronutriments. [1]»

Il est donc essentiel pour notre santé de manger des fruits et légumes variés, qui eux nécessitent les pollinisateurs.

3. Enfin, si nous voulons que nos récoltes soient qualitatives, les insectes pollinisateurs sont très important. En effet, Benoit Geslin (maiître de conférence de l’Université de Rennes, ECOBIO) rapporte dans la séquence 5 du MOOC « Pollinisateurs » que le goût de nos aliments changent en fonction de la pollinisation. Par exemple, une pomme qui a été de nombreuses fois visitée par des pollinisateurs sera plus sucrée.

fleur et graines d'aneth vue de près avec sur la fleurs un graphosome d'Italie

Les pollinisateurs sont des insectes (mais tous les insectes ne sont pas des pollinisateurs). La plupart des pollinisateurs appartiennent à quatre grands ordres (classé selon leur ailes – pteron en grec, ptère dans la classification utilisée) :

  • Les hyménoptères (avec quatre d’ailes) : ils sont reconnaissables par leur taille fine, comme les abeilles et les guêpes et par leurs grandes antennes qui dépassent la taille de leur tête. Ces insectes évoluent de jour et ont besoin de chaleur pour vivre. Leurs larves se nourrissent de protéines (c’est-à-dire qu’ils consomment des insectes ou des larves), ce sont donc des régulateurs. Ce qui en font de parfait alliés des jardiniers.
  • Les diptères (avec deux ailes) : sont reconnaissables pas leur gros yeux qui prennent presque toute la place sur leur tête et leurs antennes très courtes. Leur aspect imite parfois les hyménoptères (couleur, forme et texture) qui ont moins de prédateurs. Cet ordre contient notamment les mouches, les syrphes, les bombyles et les moustiques. Ils évoluent également de jour mais n’ont pas besoin de chaleur ce sont donc les pollinisateurs principaux du Nord et des montagnes. Leurs larves ont des besoins très différents, ce sont en moyenne des décomposeurs ou des régulateurs.
  • Les lépidoptère (ailes recouvertes d’écailles) représentent en grande majorité les papillons. Il est à noter qu’il n’existe que peu de papillon qui évoluent de jour. Leurs larves se nourrissent de feuilles.
  • Les coléptères : ce sont les pollinisateurs les moins efficaces. Les coccinelles et les scarabées appartiennent à cet ordre. Certains insectes de cet ordre ne sont pas des pollinisateurs mais s’apparentent plutôt à des ravageurs comme les doryphores et les hannetons. Leurs larves se nourrissent de matières organiques comme les plantes ou le bois en décomposition. 
sécheresse au jardin : craquelure dans le sol, comment gérer ?

Il est important d’attirer les insectes dans son jardin pour polliniser ses plantes potagères. Cependant, nous traversons une crise de la biodiversité et un déclin des insectes pollinisateurs. Il faut non seulement les attirer mais également les protéger. Nous comptons actuellement cinq causes de la baisse de la biodiversité des insectes :

  • la dégradation de leur habitat ou leur privation d’habitat (parcelle agrandie, urbanisation avec destruction des forêts, assèchement des marais, etc) ;
  • la standardisation de nos pratiques culturales qui mène à une disparition de la flore (avec notamment l’augmentation des cultures céréalières qui n’ont pas besoin de pollinisateur) ;
  • les parasites et espèces exotiques envahissantes ;
  • le changement climatique : les insectes ne savent pas réguler leur chaleur, ils cherchent alors des lieux plus frais (voler plus haut ou plus près des pôles). Cela entraine également un décalage temporel. Ainsi, les insectes connaissent des cycles de vies différents de ceux des plantes. Enfin, avec le réchauffement climatique, les fleurs produisent moins de pollen et de nectar durant les périodes de sécheresse, ce qui nuit aux pollinisateurs qui ne peuvent plus se nourrir ;
  • La combinaison de l’ensemble facteurs. Le cumul de chacune de ces causes provoque des dégâts plus important que chacun pris séparément.
photo de mamahele, vu d'un jardin en permaculture

Si l’hôtel à insectes paraît être la solution idéale, il n’en n’est rien. La promiscuité des insectes favorisent la transmissions des maladies et attirent leur ravageurs. Par ailleurs, peu d’hôtel à insectes sont peuplés de pollinisateurs variés. Si vous souhaitez attirer les pollinisateurs dans votre jardin, il existe des gestes simples à mettre en place pour protéger et attirer les pollinisateurs.

  • Diversifié les micro-habitats : il faut laisser des parcelles sur lesquelles nous n’agissons pas. Il faut laisser faire la nature. Pour combler les besoins des différents types de pollinisateurs, il faut créer des espaces différents qui correspondent à leur besoin. Il faut notamment des espaces de terre laisser à nu, des tas de pierre, des tas de bois. Il faut diversifier les espaces les uns des autres. N’oubliez pas d’éloigner ces espaces accueillants loin de votre habitation (entre 2 et 5 mètres minimum) ;
  • Planter des fleurs indigènes : ce sont les seules auxquelles nos pollinisateurs sont réellement adaptés (quantité de nectar, ouverture de la plante pour qu’ils puissent avoir accès au pollen sans être piégés). Il ne faut pas supprimer pour autant l’ensemble de nos plantes horticoles, ou potagères, il faut simplement créer des espaces adaptés à la biodiversité locale. Attention cependant à choisir des variétés indigènes qui ne soient pas modifiés ou horticoles, car elles sont moins susceptibles d’être adaptées, certaines plantes produisent des carences à nos pollinisateurs. Préférer les vivaces qui sont moins gourmandes en eau et apportent beaucoup plus à nos insectes. Les arbres et arbustes comme le chêne, le noisetier, l’orme et les ronces sont aussi bénéfiques pour les pollinisateurs. La floraison de ces nouvelles plantes s’effectue tout au long de l’année et nos pollinisateurs pourront venir se nourrir même en hiver ;
  • Mettre en place des éléments dits « semi-naturels » comme des haies de deux à trois mètres de large ou des mares ;
  • Laisser des parties de parcelle avec au minimum 10 centimètres de hauteurs (pour laisser place aux pissenlits par exemple. Étaler les périodes de tonte en commençant par le centre pour laisser la possibilité aux animaux de s’enfuir ;
  • Éviter de retourner la terre parce qu’un grand nombre d’insectes pollinisateurs niche dans le sol.

Les hôtels à insectes sont une bonne idée de bricolage pour décorer un jardin mais n’apportent pas suffisamment aux pollinisateurs. Comme nous venons de le voir, le plus important reste de cultiver des plantes sans pesticide, qui leur apportent un pollen et/ou un nectar riche. C’est encore plus simple que de réaliser soi-même son hôtel et c’est tout aussi joli. Pour approfondir vos connaissances nous vous conseillons de suivre le Mooc « Pollinisateurs »


[1] Traduction de mamahele de l’anglais « Staple crop production (e.g. cassava, corn, potato, rice, wheat, yam) has doubled in the past 50 years due to new crop strains, increased use of agrochemicals, irrigation and new agricultural techniques. These grains and starchy vegetables are mostly wind-pollinated, self-pollinated, or vegetatively propagated crops. While they provide the majority of calories in the human diet, they are poor sources of most micronutrients. »